Choix de l'idéal incarné
dans un projet de société

 

La désobéissance religieuse 

 L'institution religieuse privilégiait le savoir formel : l’acquisition du savoir religieux livresque procurait avantage et statut social, car on pouvait devenir imam, enseignant, cadi (juge), conseiller du prince. Le Cheikh très tôt s’est éloigné de ce système. Il avait plus que le savoir requis pour pouvoir intégrer le système, et en devenir un des notables. De plus le chemin lui était tracé par son père qui était conseiller du roi du Cayor.

Mais le Cheikh avait un autre idéal. Il a rompu avec le système de l’autorité du savoir dans l’institution religieuse, et a coupé les racines de la reproduction en refusant de succéder à son père. Il a montré que Dieu est un choix, qu’aller à Dieu et vivre l’Amour de Dieu est un choix de vie. Ainsi il a invité ses Compagnons à sortir de la religion d’autorité vers une spiritualité consciente et choisie, une spiritualité du cœur dont le but ultime est la rencontre de Dieu par le chemin de l’Amour.  

 

De la religion d'autorité à une spiritualité de coeur, consciente et  choisie

 

Naissance de la Mouridiyya ou le choix d'un idéal 

En 1883, quand il a senti l’Appel de Dieu, il s’est adressé aux gens qui

l’entouraient en ces termes :

« J’ai reçu de mon Seigneur l’ordre de mener les Hommes vers Lui,
le Très Haut.

Ceux qui veulent emprunter cette voie n’ont qu’à me suivre.

 Quant aux autres qui ne désirent que l’instruction,
le pays dispose d’assez de lettrés… 
Allez auprès de qui vous voulez… »,

(extrait de L’exil en Mauritanie de Cheikh Abdoulaye Dièye, p. 5)

              

La Mouridiyya est née avec cet Appel, sur la base d’un libre choix.

En effet ceux qui ont suivi le Cheikh l’ont fait par choix, et à partir de ce moment ils se sont engagés en toute responsabilité dans l’idéal qu’ils partageaient avec le Cheikh. Cet idéal consiste à ne chercher que l’agrément de Dieu en tout, en étant utile aux autres, conformément à ce hadith du Prophète (psl) qui disait :

« L’humanité toute entière constitue une famille
dont le Seigneur a la charge,
et le plus aimé d’entre tous est
celui qui, à cette famille,
sait se rendre le plus utile ».

Le Cheikh a donc éduqué ses disciples dans cette voie du service, car le Mouride est « celui qui ne possède rien et qui n’est possédé par rien ».

La communauté de ceux qui veulent aller à Dieu était donc née.

Chemin faisant, le Cheikh dut subir l’épreuve de l’exil au Gabon durant 7 ans ! Ainsi il écrit dans Assirou ma al abrâri que sa  famille a été dispersée, ses daaras disloquées, ses maisons détruites ou vides. Et à son retour d’exil, il a trouvé une communauté sur pied, au travail, animée par le même idéal de départ qu’elle partageait avec lui. Ce qui fit dire au Cheikh : « si j’avais été parmi vous, je n’aurais pas fait plus que ce que vous avez fait durant mon absence ». Le Mouride est donc un être déterminé, animé par un idéal qui le lie à son guide.

 

Le Mouride,

celui qui manifeste sa volonté dans l’agir,

celui qui ne possède rien et n’est possédé par rien

 

La Mouridiyya

La communauté de ceux qui veulent aller à Dieu

 

Education d'Hommes de Paix 

L’éducation du Mouride s’effectue en général au sein des daaras, structures autonomes, où l’on s’instruit utilement, mais aussi où l’on apprend ou consolide une éthique comportementale. La mission d’une daara est de forger des hommes qui aiment Dieu, et qui sont capables d’assumer leurs responsabilités dans la cité.  Formellement, le système éducatif mouride passe par trois étapes qui sont : la Tarbiya ou éducation de base, la Tarqiya ou l’élévation spirituelle, et la Tasfiya ou quête de la perfection.

Les trois marches de l'escalier de l'éducation mouride 

 

L’action du Mouride est vertébrée par la Khidma, qui est un service rendu aux humains pour l’Amour de Dieu. Le fait de se mettre au service des autres pour plaire à Dieu annihile toute velléité de volonté de puissance ou de concurrence, caractéristiques essentielles des sociétés humaines.

 

Le Mouride éduqué par le Cheikh est un homme de paix, qui ne cherche que l’agrément de Dieu en se mettant au service de son prochain. C’est cet homme préparé, ayant intégré une véritable culture de la paix, qui va habiter les cités édifiées par le Cheikh pour la seule gloire de Dieu.