De la Non-Violence :

Quelle culture de paix pour le XXIe siècle?

 

Le regard divin des non-violents

La non-violence conçue et pratiquée par les figures dont l’histoire a retenu les noms, fait référence au divin qui s’est toujours manifesté par l’intermédiaire d’un Messager.


Pour mieux comprendre l’action de ces adeptes de la non-violence, il est très important de savoir quelle est la place de l’humain, et quelle conception ils ont de la relation dans leur combat par la vérité de Dieu. En réalité, il n’y a qu’une seule relation,  la relation avec le Divin. Cette relation avec le Divin se détermine de deux manières. Pour plus de clarté, nous allons partir de la relation originelle.


Aux origines de la relation

Relation avec les anges


 
Le Seigneur leur dit : « Je vais créer sur terre mon vicaire »


En apprenant cela, les anges répliquèrent,  focalisant sur un aspect de la nature d'Adam :


« Il va faire couler le sang et répandre la corruption sur Terre

 tandis que nous, nous Te glorifions et Te louangeons. »


Cette réaction venait de ce que, dans la création d'Adam, ils ne voyaient pas la main de Dieu. Aussi s’étaient-ils fondés sur une différence par référence à eux-mêmes pour établir une relation avec Adam et, par la même occasion aussi, plus ou moins souligner une erreur du Seigneur. Et quand le Seigneur leur fit découvrir le plan divin dans cette création, ils revinrent repentants vers Lui, et reconnurent à Adam sa part de réalité divine.

  

Relation avec Iblis


 Le Seigneur lui ordonna : « Prosterne-toi devant Adam »


Iblis refusa d’exécuter l’ordre du Seigneur invoquant l’argument de l’infériorité de la nature d'Adam fait de terre, comparée à la sienne, faite de feu. Le fait de ne voir Adam qu’en tant que « nature terre » par rapport à lui qui se voyait en tant que « nature feu », le non-respect de cette différence voulue par le Seigneur, le catapultait au summum des vices, l’orgueil. C’est ce vice qui  engendre dans la relation à autrui toutes les formes d’injustices (sociale, culturelle, cultuelle et économique). En effet, la réponse d’Iblis laisse entrevoir qu’à ses yeux, l’autre n’avait pas d’aptitude à contenir une réalité divine.

Aussi, toute relation dans la vie se situe à ces deux niveaux :

  soit on voit la manifestation du divin en chaque être

  soit on ne reconnaît qu’à une seule catégorie d’êtres cette noble distinction

Partant de là, on comprend aisément comment la religion, au cours de l’histoire, a pu contribuer à  tous les génocides en les perpétrant directement ou en les encourageant à l’encontre de ceux qui ne partagent pas les mêmes croyances.

 

Caractéristiques des hommes de paix

Tout le combat des hommes de paix a été de sauver les humains de cette forme de regard, de cette forme de relation qui nie à l’autre la manifestation divine en son être. Ces hommes n’ont pas d’ennemis, ils n’ont pas d’amis. Ils n’ont lutté ni pour un pays, ni pour une race, ni pour une culture. Ils ont lutté pour toute l’humanité, sans exclusivité.

Suivre leurs pas, c’est avant tout vivre et faire vivre cette vérité première, à savoir qu’il n’y a en vérité qu’une seule relation, la relation avec le Divin. De ce fait, pour eux, il n’y a qu’une seule autorité, l’autorité de Dieu. Dieu seul est Puissant, Dieu seul est Riche. Dieu seul est Connaissant. Il s’interdit toute forme d’injustice.

  Il n’y a qu’une seule relation,

la relation avec le Divin.

Il n’y a qu’une seule autorité,

l’autorité de Dieu.

 

Fondements spirituels de la paix

 

L’amour

L’homme de paix a conscience de l’origine de l’humanité, née du désir divin fondé sur l’amour. Chaque créature est une expression de cet amour.


La Liberté

C’est la reconnaissance de la singularité, de la particularité de chaque personne, de chaque groupe, de chaque race. C’est aussi la reconnaissance que chacun est son propre support pédagogique pour connaître la vérité de Dieu. Le Seigneur Lui-même dit « qu’Il a inspiré à l’âme aussi bien son libertinage que sa piété » [Coran 91 – v 7,8]


Le choix

Le choix ne consiste pas à préférer une chose parmi une multitude. Le choix, consiste à se déterminer par rapport à ces choses qui s’excluent mutuellement et où l’une entraîne la disparition de l’autre, comme la paix face à la violence, ou l’amour face à la haine.

Il s’agit de la paire des opposés.

Et il faut noter que la violence est toujours une réaction face à la paix.


Ainsi par exemple, au centre de cette relation problématique, on peut voir la peur de s’emparer d’une personne qui, parce qu’elle se sent en danger de disparaître, réagit en faisant usage de la force pour venir à bout de l’autre, l’écraser complètement. Il s’agit de la violence qui veut tuer la paix. Notons cependant que la mort ne saurait mettre fin ni à l’action, ni à la pensée de la victime de la violence. Bien au contraire, la mort vient immortaliser son action parce qu’elle avait fait le choix de la vérité de Dieu.

Ayant fait ce choix, toute son action s’articule en effet autour de deux axes :

L’axe environnemental :

il ne fait aucune différence entre les différences. Il en fait au contraire une harmonie afin de réaliser l’unicité divine.

L’Être :

avant tout Être pour pouvoir Faire et Faire pour Avoir. Il s’agit d’un avoir de paix, faisant de l’individu un créateur de solidarité, de paix et de partage

Le service

Toute l’humanité constitue une famille dont le Seigneur a la charge. Et le plus aimé d’entre tous auprès de Dieu est celui qui sait se rendre le plus utile à cette famille.

 

Fondements spirituels de la violence

Exacerbation des différences

Toutes les différences, qu’il s’agisse de la langue, de la religion, de la race, de la culture, du pays, etc.,  sont prises en compte et exacerbées afin d’établir une échelle de valeurs. A partir de cette échelle de valeurs, on va tirer un modèle de référence pour tous et auquel tout le reste doit s’identifier et s’assimiler.

 

Main mise sur l’économie

Il faut une main mise totale sur toute l’économie sur la base de cette échelle de valeurs afin de rendre réel ce monde de différences qui donne des droits à une certaine catégorie et les dénie à d’autres. La reproduction de ce modèle entraîne la constitution d’une caste de privilégiés qui gouverne les autres sur le fondement de la puissance économique qui puise ses origines sur l’exacerbation des différences déclinées en échelle de valeurs.

 

Avoir pour faire, et faire pour être

De ce fait, toute la vie des êtres, selon ce modèle de référence, va tourner autour de ces trois axes : Avoir pour Faire et Faire pour Etre. Ce modèle est par essence fondée sur la violence : l’Avoir  domine tout, car on ne peut faire, et donc exister, être, que par ce qu’on a. Alors que la paix repose rigoureusement sur le modèle inverse. On retrouve la paire des opposés.

 

On voit ici la loi physique (Action - Réaction) où l’homme de paix est dans l’action et l’homme de violence dans la réaction. Et tout le combat entre l’homme de paix et l’homme de violence va s’articuler autour de ce processus. Conformément à la nature originelle de l’être qui est Amour, l’homme de paix n’aspire qu’à servir car son Seigneur est le premier Serviteur de l’humanité, et c’est dans le service qu’il devient Un avec Lui.

Un homme a su incarner la culture de la paix, et vivre la non-violence en rehaussant très haut le flambeau de la vérité de Dieu dans l’amour des êtres, de tous les êtres sans distinction aucune : Cheikh Ahmadou Bamba, Esclave de Dieu et Serviteur du Prophète.  

 

 

Cheikh Ahmadou Bamba

Esclave de Dieu, Serviteur du Prophète

  Edification de la cité de paix :

  Dieu au centre

  Muhammad comme  modèle de l’homme de paix  

 

 

 

 

 

Source d'inspiration de Cheikh Ahmadou Bamba

Cheikh Ahmadou Bamba en fait ne reconnaissait qu'une seule autorité, qu'une seule vérité, celle de son Seigneur. Il s'en tenait strictement à cela. Son modèle de référence dans la pensée comme dans l'action : le Prophète Seyidinna Mouhammad (psl) basé sur le service rendu à toute l'humanité conformément à la parole du Seigneur qui dit de Mouhammad (psl) qu'il a été envoyé comme miséricorde à l'ensemble de l'humanité.

 

Le processus d’implantation de l’administration coloniale s’est opéré sous le poids de la contrainte militaire. Le colonisateur ne connaissait que le langage de la force, et ne s’imposait que par celle-ci. Cette culture de la violence physique et morale était donc son terrain de prédilection. Du fait que le Cheikh affirmait ne reconnaître que l’autorité de Dieu, l’administration coloniale a pris cette déclaration comme une offense et a cherché à le pousser sur le terrain qu’il connaissait le mieux, celui de la force, de la violence, et de l’anéantissement. Conformément à une culture et une pratique de paix entièrement ancrées dans son être, le Cheikh n’a pas réagi aux provocations et humiliations. A l’occasion de son transfert à Dakar aussitôt après le procès de 1895 qui devait marquer une longue période de déportation par l’acharnement du Gouverneur de la colonie, il fut détenu une nuit dans des conditions inhumaines dans un cachot obscur et étroit, parsemé de lames et de pointes qui empêchaient de s’allonger ou même de s’asseoir. Ce qui lui fit écrire :

« Chaque fois que je me souviens de cette nuit, de ce gouverneur et de l’indécence (des conditions de détention), j’ai subitement tendance à recourir aux armes, mais Al Mahi l’Effaceur (des pêchés et des douleurs), le Prophète, me l’interdit ». (extrait de Jaza’u Shakur)

La non-violence est donc au fondement de la foi agissante et miséricordieuse du Cheikh, et cet extrait confirme bien que Dieu et son Envoyé, le Prophète Mouhammad (psl) sont les sources d’inspiration de son action.

 

La Non-violence de Cheikh Ahmadou Bamba

Cheikh Ahmadou Bamba, figure de Non-violence

L'action prophétique de Cheikh Ahmadou Bamba